La reconnaissance de Mussa (Kordofan)

Un homme du nom de Mussa était extrêmement riche et jouissait en raison de sa richesse d’un renom qui dépassait de loin les frontières du pays. Il n’y avait, dans tout le pays à la ronde, personne qui n'ait autant de troupeaux et d’esclaves et autant d'influence que ce Mussa. Ce Mussa était en plus d’une force dépassant toute mesure. Quand il partait dans le désert à la chasse et tombait sur une hyène, un lion ou tout autre animal sauvage, il avait l'habitude de descendre de cheval et d'attaquer l'animal à mains nues. Il maîtrisait l'animal, l'attachait et le ramenait à la maison. Mais arrivé à la maison, il le laissait aller libre dans un enclos de sa seriba et lui donnait à manger. Si bien qu’à force il avait tant d'animaux du désert chez lui que les habitants du village où il habitait se mirent à avoir peur de lui, vinrent le trouver et lui dirent : «Cher Mussa, tu es très riche et très puissant, tu es même plus riche et plus puissant que nous tous, mais tu as maintenant tant d'animaux sauvages dans ton campement que nous avons peur de toi et te prions d'aller ailleurs installer ton campement avec tes animaux sauvages»

 

Alors Mussa se leva, chargea ses chameaux, ses bœufs et ses chevaux et partit au loin dans le désert. Mais Mussa avait sept fils, qui l’aimaient beaucoup, et ils l’aidèrent lors de sa retraite dans le désert.

Lorsque Mussa eut dressé son campement, il fit seller son cheval, saisit sa lance et dit :

« Mes sept fils, je pars à la chasse. Surveillez le campement»

 

Puis il partit. Mais à peine était-il parti que des voleurs arrivèrent, s’introduisirent dans la seriba, y entrèrent par effraction, frappèrent à mort les sept fils de Mussa et emmenèrent tout le bétail: il ne resta plus rien et, lorsque Mussa revint de la chasse, il trouva le campement vide et silencieux. Mussa fut surpris par tant de silence et se dit :

« Je n’entends aucun cheval, aucun âne, aucun chameau, aucun bœuf, aucun mouton, aucune chèvre et aucun de mes fils»

 

Mussa attacha son cheval dehors à un pieu et pénétra dans sa seriba. Mussa entra dans la seriba et trouva tous les enclos vides. Mussa  découvrit les cadavres de ses fils. Mussa fut pris d’une grande colère. Il cria le nom de sa première épouse. Sa première épouse, qui était enceinte, s’était réfugiée dans sa cabane et se tenait recroquevillée à même le sol. Elle n'osait pas répondre. Mussa  cria de nouveau le nom de sa première épouse et, comme elle ne répondait pas, il propulsa ivre de rage son javelot à travers la paroi.

La femme hurla à l'intérieur. Le javelot avait atteint son corps et tué l'enfant dans son ventre. La femme et l'enfant moururent à l'instant même où Mussa  entra. Mais, paniquée à l’idée de mourir, la femme lança un morceau de bois en direction de l’arrivant, n’ayant pas reconnu Mussa. Le morceau de bois atteignit Mussa à la tête et lui fit perdre un œil. Mussa recula et se rendit à la maison de sa seconde épouse. Il la trouva, il l'appela. Il voulait quitter l'endroit avec sa seconde épouse et se rendit à l'entrée de la seriba, là où il avait attaché son cheval.

Mais, entretemps, un lion, attiré par l'odeur du sang des fils tués, s’était introduit dans la seriba. Il arriva près du cheval. Il sauta sur le cheval et le tua. Mussa arriva au même moment. Mussa, avec sa femme, s’enfuit en courant aussi vite qu'il le pouvait. Il grimpa avec sa femme sur un arbre. Mais le lion attrapa la femme à la jambe, la tira et la tua. Puis le lion, en bas de l’arbre, mangea la femme, tandis que, au-dessus, Mussa restait perché dans les branches. La nuit durant, le lion resta sous l'arbre et ce n’est que le lendemain matin que Mussa put descendre et continuer sa route. Lorsque Mussa partit, il ne possédait plus rien que les vêtements en lambeaux qu'il portait…

 

© Édition: Quatrotypos (Bruxelles, 2013)

© Traduction: Christian Lassalle

© Illustrations et Photographies: Frobenius-Institut - Frankfurt am Main

 

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