Entre tes Doigts Glacés

 
Je préparais ces jours-là le dernier examen de mes études et, d’ordinaire, je ne me couchais pas avant trois heures ou trois heures et demies du matin. Cette fois-ci, quatre heures venaient de sonner lorsque je me mettais au lit. J’étais épuisé de fatigue et éteignais la lumière. Je m’endormais immédiatement et commençais à rêver.
 

La Nuit de la Poule

 
-Tu n’as pas idée à quel point les hommes sont vains et cruels- me disait une amie poule il y a presque un siècle, lorsque j’étais encore jeune et vierge et que j’habitais une basse-cour indescriptiblement somptueuse, peuplée d’arbres fruitiers.
 

La Nuit du Poupon

 
J’aurais voulu être assassin, travailler dans le cirque ou être soldat, et je ne suis, en revanche, qu’un grotesque poupon de chiffon : livide, chétif, dépourvu de toute beauté. Mes yeux hébétés et insipides sont trop ronds ; mes oreilles monstrueuses et molles me font honte ; mon nez camus possède deux orifices absurdes où les enfants mettront leurs petits doigts dès que je tomberai entre leurs mains. Ma large bouche, édentée, tombe en un rictus d’amertume ; mon visage est difforme, antipathique et blanc comme la lune ; mes petites jambes et mes bras pendent de mon tronc sans aucune grâce, avec leurs gros doigts si mal imités dont tous se moquent.
 

La Nuit du Costume Gris

 
Onze heures sonnaient à l’horloge de l’entrée lorsque mon maître ferma le livre qu’il lisait depuis le début de l’après-midi et s’achemina vers sa chambre à coucher. Il y donna deux tours de clé, entrouvrit un peu la fenêtre- puisque nous étions au printemps- et commença à de déshabiller plus tranquillement que d’habitude.
 

Le Petit Nain

 
Je me trouvais dans la salle de bains en train de me raser, il devait être dix heures du soir lorsque cet évènement extravagant qui allait entraîner tant de mésaventures au cours des prochaines années survint.
 

La Nuit de Margaret Rose

 
La lettre, écrite de manière quasiment illisible, disait :
 

Ragoût de Veau

 
-Veuillez poursuivre – indiqua l’éminent médecin, sans cesser de balancer une jambe ni de regarder cet homme qui se trouvait devant son bureau, et qui voulait être informé si, du point de vue clinique, il existait une possibilité d’éviter la potence, infligée pour avoir commis le vilain et sale meurtre de dévorer impunément un nourrisson rondouillard.
 

La Nuit du Chien

Mon maître se meurt. Il meurt seul, sur sa paillasse, dans cette mansarde glacée où la neige s’infiltre.
 

La Nuit des Cinquante Livres

Enfant, j’étais chétif, boutonneux et pitoyable. Mes mains et mes pieds étaient démesurément longs ; le cou très maigre ; les yeuxvibrants etmétalliques ; les épaules carrées mais osseuses, semblables à un portemanteau ; la tête, petite, arrondie. Mes cheveux étaient clairsemés et crépus, et mes dents jaunes, voire noires. Ma voix, excessivement braillarde,irritait mes géniteurs, mes frères et sœurs, les professeurs à l’école et même moi. Lorsque suite à un silence prolongé – lors d’une réunion de famille, au cours des repas, je me mettais à parler, tous sursautaient sur leurs chaises, comme si le diable leur était apparu. Puis, pour ne plus m’entendre, ils faisaient le plus de bruit possible, soit en criant ou en déplaçant les couverts sur la table, mais aussi  les verres etla vaisselle en faïence…
 

Un Verger Face à la Mer

 
-J’ai reçu une lettre du noyé aujourd’hui –dis-je. Et ma mère, qui étendait le linge au soleil dans le verger de notre maison, me regarda sans enthousiasme comme si elle m’avertissait : « Tu ne devrais pas me faire ce genre de farces ». Ou : « Tu grandis trop vite ».