-J’ai reçu une lettre du noyé aujourd’hui –dis-je. Et ma mère, qui étendait le linge au soleil dans le verger de notre maison, me regarda sans enthousiasme comme si elle m’avertissait : « Tu ne devrais pas me faire ce genre de farces ». Ou : « Tu grandis trop vite ».
 
 
Un père avait trois fils. L'un était menuisier, le second maçon, mais le troisième était nsäni [P1] (nous dirions coureur de jupons. La définition des Kabyles pour le mot nsäni  est : "Un homme dont le métier est l’amour"). Un jour, le père des trois garçons mourut. Peu de temps après, la mère des trois garçons mourut à son tour. Les trois garçons se retrouvèrent seuls et encore célibataires.
 
 
 Le chasseur et la Femme Serpent II (Togo-Tim), L’araignée gagne la fille de l’uro (Togo-Tim) et Araignée et la vieille folle d'amour (Togo-Tim)
 
Samba Kullung, ça signifie quelque chose comme Samba celui qui ne fait rien, Samba le froussard. Quand on levait la main d’un cou sec devant l'enfant Samba, ça le faisait sursauter. Quand quelqu’un criait, l'enfant s’enfuyait en courant tête baissée.
 
 
-Veuillez poursuivre – indiqua l’éminent médecin, sans cesser de balancer une jambe ni de regarder cet homme qui se trouvait devant son bureau, et qui voulait être informé si, du point de vue clinique, il existait une possibilité d’éviter la potence, infligée pour avoir commis le vilain et sale meurtre de dévorer impunément un nourrisson rondouillard.
 
Leo Frobenius et «Le Decameron Noir»
 
Leo Frobenius ! Sans doute un écrivain romain? Mais de quel siècle? Avant ou après Jésus-Christ? Non. Qui est cet inconnu?
 
 
Je me trouvais dans la salle de bains en train de me raser, il devait être dix heures du soir lorsque cet évènement extravagant qui allait entraîner tant de mésaventures au cours des prochaines années survint.
 
 
Un homme avait tout récemment épousé une jeune femme. Une nuit lui apparut en rêve son père qui lui dit d’aller à la Mecque. Le lendemain matin, l'homme fit aussitôt ses bagages, alla voir sa femme et lui dit : « Ma jeune épouse, mon père m'est apparu en rêve et m'a demandé d'aller à la Mecque, c’est ce que je m’apprête à faire immédiatement. D’autre part, il est fort possible que, au cours des quelques jours que nous avons passés comme mari et femme, tu aies été fécondée. Mais j'espère être de retour, quand tu accoucheras de notre enfant, et pouvoir être à tes côtés au moment de la naissance. Quand tu sentiras les premiers signes de l’accouchement, adresse-toi à une vieille femme, à qui j’ai confié la mission de prendre soin de toi. » Puis, le jeune mari prit congé de sa jeune épouse et partit pour son pèlerinage.
 
 
J’aurais voulu être assassin, travailler dans le cirque ou être soldat, et je ne suis, en revanche, qu’un grotesque poupon de chiffon : livide, chétif, dépourvu de toute beauté. Mes yeux hébétés et insipides sont trop ronds ; mes oreilles monstrueuses et molles me font honte ; mon nez camus possède deux orifices absurdes où les enfants mettront leurs petits doigts dès que je tomberai entre leurs mains. Ma large bouche, édentée, tombe en un rictus d’amertume ; mon visage est difforme, antipathique et blanc comme la lune ; mes petites jambes et mes bras pendent de mon tronc sans aucune grâce, avec leurs gros doigts si mal imités dont tous se moquent.
 
 
Onze heures sonnaient à l’horloge de l’entrée lorsque mon maître ferma le livre qu’il lisait depuis le début de l’après-midi et s’achemina vers sa chambre à coucher. Il y donna deux tours de clé, entrouvrit un peu la fenêtre- puisque nous étions au printemps- et commença à de déshabiller plus tranquillement que d’habitude.
 
Mon maître se meurt. Il meurt seul, sur sa paillasse, dans cette mansarde glacée où la neige s’infiltre.
 
Enfant, j’étais chétif, boutonneux et pitoyable. Mes mains et mes pieds étaient démesurément longs ; le cou très maigre ; les yeuxvibrants etmétalliques ; les épaules carrées mais osseuses, semblables à un portemanteau ; la tête, petite, arrondie. Mes cheveux étaient clairsemés et crépus, et mes dents jaunes, voire noires. Ma voix, excessivement braillarde,irritait mes géniteurs, mes frères et sœurs, les professeurs à l’école et même moi. Lorsque suite à un silence prolongé – lors d’une réunion de famille, au cours des repas, je me mettais à parler, tous sursautaient sur leurs chaises, comme si le diable leur était apparu. Puis, pour ne plus m’entendre, ils faisaient le plus de bruit possible, soit en criant ou en déplaçant les couverts sur la table, mais aussi  les verres etla vaisselle en faïence…
 
 
La lettre, écrite de manière quasiment illisible, disait :
 
 
-Tu n’as pas idée à quel point les hommes sont vains et cruels- me disait une amie poule il y a presque un siècle, lorsque j’étais encore jeune et vierge et que j’habitais une basse-cour indescriptiblement somptueuse, peuplée d’arbres fruitiers.
 
 
A l’origine, les hommes ne vivaient pas sur la terre. Il n’existait alors qu’un homme et qu’une femme et ils vivaient sous la terre. Ces deux êtres humains étaient les premiers de leur espèce, mais aussi les seuls et ils ne savaient pas que chacun d'entre eux avait un sexe différent. Un jour qu’ils étaient à la fontaine pour boire de l'eau, l'homme dit : «Laisse-moi boire.» La femme refusa : « Non, je boirai d’abord, je suis la première. » L'homme voulut repousser la femme. Mais la femme le frappa. Ils échangèrent des coups. L'homme frappa la femme si violemment qu'elle se retrouva au sol. Ses vêtements tombèrent sur le côté, découvrant ses cuisses nues.
 
 Il y a très très longtemps, les femmes vivaient dans un pays réservé aux femmes, les hommes vivaient aussi dans un pays réservé aux hommes. La cité des hommes était très, très grande. La cité des femmes était aussi très, très grande.
 
Un émir avait trois fils, ceux-ci menaient une vie tranquille. Lorsque que ces fils devinrent de grands garçons, leur père un jour leur dit: « Prenez vos lances et vos chevaux et suivez-moi hors du village!» Les fils allèrent chercher leurs armes, enfourchèrent leurs chevaux et partirent avec leur père à travers la brousse.
 
 
Kallondji  et Tonjandji  partirent ensemble en voyage. Tonjandji dit: «Qui de nous est silatigi?» Kallondji répondit: «Je serai silatigi» Tonjandji dit : «Non, je veux être silatigi» Kallondji dit: «Non, je veux être silatigi» Tonjandji dit: «Si jamais tu prenais trois jours d’avance, je te rattraperais en une heure. Par conséquent, il est préférable que je sois silatigi» Alors Kallondji dit: «Sois donc silatigi, nous allons essayer»
 
 
Je préparais ces jours-là le dernier examen de mes études et, d’ordinaire, je ne me couchais pas avant trois heures ou trois heures et demies du matin. Cette fois-ci, quatre heures venaient de sonner lorsque je me mettais au lit. J’étais épuisé de fatigue et éteignais la lumière. Je m’endormais immédiatement et commençais à rêver.
 
 
 
Ceci est raconté par Simoa, le fils d’Abid, (Simoa ben Abid) et ça doit être vrai. Il est dit que Simoa, le fils d’Abid, quand il avait dix-huit ans, était le plus beau des hommes. Jusqu'à cet âge, il était toujours resté à la maison, n'avait jamais rien connu et ne savait pas quelle force indomptable il avait dans ses parties génitales.
 
Un homme du nom de Mussa était extrêmement riche et jouissait en raison de sa richesse d’un renom qui dépassait de loin les frontières du pays. Il n’y avait, dans tout le pays à la ronde, personne qui n'ait autant de troupeaux et d’esclaves et autant d'influence que ce Mussa. Ce Mussa était en plus d’une force dépassant toute mesure. Quand il partait dans le désert à la chasse et tombait sur une hyène, un lion ou tout autre animal sauvage, il avait l'habitude de descendre de cheval et d'attaquer l'animal à mains nues. Il maîtrisait l'animal, l'attachait et le ramenait à la maison. Mais arrivé à la maison, il le laissait aller libre dans un enclos de sa seriba et lui donnait à manger. Si bien qu’à force il avait tant d'animaux du désert chez lui que les habitants du village où il habitait se mirent à avoir peur de lui, vinrent le trouver et lui dirent : «Cher Mussa, tu es très riche et très puissant, tu es même plus riche et plus puissant que nous tous, mais tu as maintenant tant d'animaux sauvages dans ton campement que nous avons peur de toi et te prions d'aller ailleurs installer ton campement avec tes animaux sauvages»