La Nuit du Chien

Mon maître se meurt. Il meurt seul, sur sa paillasse, dans cette mansarde glacée où la neige s’infiltre.

Mon maître est un poète malade, jeune, très triste et pâle comme un cierge.

Il meurt ainsi, comme il a vécu depuis que je le connais : en silence, doucement, sans un cri ni une protestation, tremblant de froid entre les draps déchirés. Je le vois mourir et je ne peux l’aider parce que je suis un chien. Si j’étais un homme, je me lancerais de suite à la rue[UdW1] , j’attaquerais le premier passant, lui volerais son portefeuille et courrais chercher un médecin. Mais je nesuis qu’un chien et, bien que mon âme soit éternelle, je ne puis que m’approcher de mon maître, remuer la queue ou les oreilles, et le regarder avec mes yeux stupides, remplis de larmes.


 [UdW1]Note de la Traductrice : “ruisseau” dans le texte original, que nous avons traduit par « rue » pour une meilleure compréhension.

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